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« Nous conduisons des montbéliards en bandes de 3 semaines à 18 mois »

Dominique et Laurent étalent la transition vers le maïs ensilage sur deux mois dans un bâtiment spécifique.

À Pfettisheim, les broutards ont laissé place aux veaux laitiers. Dominique Daul et Laurent Boime ont fait le pari d’un engraissement ultra-organisé… Et rentable.

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Pour Dominique Daul et Laurent Boime, l’engraissement de broutards c’est de l’histoire ancienne. En 2009, Laurent s’installe dans la ferme familiale de son beau-frère Dominique à Pfettisheim dans le Bas-Rhin et monte un atelier d’engraissement de veaux laitiers. Les deux associés mènent alors broutards et laitiers de front pendant 10 ans. Aujourd’hui, plus aucune trace de broutards à l’horizon, seuls les systèmes de contention rappellent cette époque. Les sept bâtiments sont remplis de 600 montbéliards et croisés laitiers âgés de 21 jours à 18 mois.

« Il n’y a pas photo : on s’y retrouve mieux économiquement avec l’engraissement de veaux laitiers, malgré le travail supplémentaire » tranche Dominique. Une simple comparaison du prix d’achat entre un veau laitier de 3 semaines et un broutard sevré suffit à comprendre : 550 euros contre plus de 2 000 €.

Pour sauter le pas, les deux associés ont dédramatisé le sevrage des veaux. Ils se sont formés sur le tas, avec des voisins éleveurs expérimentés. « Cette étape n’est pas difficile, c’est un métier fait de rigueur et de surveillance » démystifie Dominique.

Il faut dire que sur l’exploitation, tout est calculé et orchestré au millimètre près, au point de rappeler un élevage porcin. Le tempo est cadencé : les veaux laitiers montbéliards complétés par quelques croisés arrivent 70 par 70 tous les deux mois en provenance de Franche-Comté et naviguent de bâtiment en bâtiment, au gré des étapes de croissance.

De la nurserie, ils passent au post-sevrage, puis dans un bâtiment de transition alimentaire. Là, ils sont réallotés entre « gros », « moyens » et « petits » gabarits pour gommer ce qui peut être jusqu’à 6 semaines d’écart de croissance au sein d’une bande. Dernière étape, l’atterrissage dans l’un des quatre bâtiments d’engraissement de l’exploitation, pour environ 12 mois. Les taurillons partent à la vente autour de 18 mois et de 423 kg de carcasse. C’est Cloé, l’union de coopératives du Grand Est qui assure la collecte et la mise en marché des veaux pour Bigard.

Investir dans la nurserie

Retour au point de départ, la nurserie, où se joue le démarrage des veaux. Les animaux y passent 7 semaines, sur un système de tout plein tout vide. « Notre coopérative, Comptoir agricole élevage nous fournit 70 veaux de 70 origines différentes en une seule fois explique Laurent. Ils arrivent « patraques », après 2 jours de transport ». Pour repartir du bon pied, tout le monde boit 2 fois 2 litres d’un réhydratant le premier jour. L’éleveur partage son plan d’allaitement : « pendant 15 jours, nous donnons du lait de démarrage, riche en poudre de lait écrémé à raison de 7 à 8 litres journaliers en 2 buvées». Ensuite, passage au lait de sevrage dilué à 15 % pendant un mois, avec du granulé maïs grain nettoyé sans brisures et complémenté en protéines. »Cet aliment que l’on achète est le meilleur de l’exploitation » explique Laurent.

Le distributeur automatique de lait est un gain de temps pour les éleveurs. (© Claire Charrassin)

Les veaux sont allaités au distributeur automatique de lait (DAL), un investissement de 30 000 €. « Au début, il faut être présent matin et soir pendant 5 jours pour habituer les récalcitrants à rentrer dans la machine et à trouver la tétine. C’est un bel exercice de musculation ! » ironise Laurent. Un tableau digital flèche ceux n’ayant pas tout bu. Avec l’habitude, une simple vérification une à deux fois par tétée suffit : les éleveurs mettent le DAL en marche à l’aube, puis vaquent à d’autres occupations.

Laurent conseille de ne pas lésiner sur les investissements de la nurserie, à commencer par l’isolation et la ventilation. « Notre bâtiment est fermé, isolé avec de la brique et des panneaux sandwich en hauteur. Une ventilation dynamique permet de renouveler l’air deux fois par heure » détaille Laurent. Coût de l’infrastructure, autour de 800 € la place.

Ventiler pour un gain de GMQ

Le sevrage se déroule en nurserie sur quinze jours, avec une diminution progressive du lait jusqu’au passage exclusif au grain. Pour limiter le stress, les veaux restent cinq jours supplémentaires dans la nurserie avant d’être transférés vers le bâtiment de post-sevrage.

La ferme dispose de quatre bâtiments d'engraissement pour les jeunes bovins. (© Claire Charrassin)

Là-bas, les veaux entament un nouveau chapitre : un mois au granulé et à la paille, avant la grande bascule vers le fourrage à trois mois et demi. La transition alimentaire au fourrage, étalée sur deux mois et ponctuée d’un passage dans un troisième bâtiment, augmente peu à peu la part de maïs ensilage tout en réduisant le granulé.

« Nous avions tenté sur six semaines, mais l’acidose nous a rappelés à l’ordre », confie Dominique, désormais convaincu par un rythme plus progressif. Ici, pas question de cumuler nouveaux aliments et changement de lieu le même jour : chaque étape est pensée pour éviter le stress. Au total, du lait à la fin de la transition alimentaire, l’élevage supporte un coût alimentaire s’environ 400 € par veau.

Au total, le GMQ affiche 1320 g en moyenne de 21 jours à 18 mois. Pour y parvenir, les éleveurs partagent trois conseils importants. D’abord, l’eau. « Nous avons installé des niveaux constants en nurserie et en post-sevrage : les veaux boivent davantage. L’accès à l’eau dès le plus jeune âge est essentiel », souligne Dominique. Deuxième point primordial, une ventilation soignée des bâtiments. Enfin, l’ajout de levures dans la ration pendant la transition alimentaire, afin de stabiliser la rumination. Résultat : « trois semaines d’engraissement gagnées » estiment les éleveurs. Avec une ration de finition à 2 € par jour et par bovin, le calcul est vite fait : l’investissement s’amortit rapidement.

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